La Haine

J’ai bien conscience que je suis dur envers une certaine partie de la population ici, avec ce que je vais dire, mais c’est une accumulation de haine qui me dépasse et me sort par les trous de nez, très honnêtement. Et comme j’ai le même droit que ceux qui ne souhaitent que la haine et la violence…. Je donne quand même mon avis, brut de pomme. Je ne cherche à insulter personne, mais à faire réfléchir, (grosse) nuance.

Le procès de William Modolo vient de commencer, et j’écris cet article en plein milieu de la nuit, n’arrivant pas à dormir. Pour plusieurs raisons : j’ai bien entendu peur, pour la famille, pour William, que ce procès se termine en une sorte de justice avec un goût très amer, une justice à moitié faite, voire pas faite du tout. Mais j’ai aussi du mal à dormir parce que j’ai peur de la haine dont font preuve certaines personnes à l’égard des accusés. Certes, une fois encore, ce meurtre a été absolument atroce, je ne l’ai jamais, ni ne le ferai jamais, discuté ce fait. Retrouver une quelconque trace d’humanité, au sens le plus noble du terme, dans cet acte est totalement impossible.

Le problème se présentant à moi, comme très souvent, c’est que je suis un abolitionniste. Et les abolitionnistes ont beaucoup de mal à se faire entendre dans de telles périodes, où l’on se retrouve face à la cruauté humaine dans toute sa laideur. Et c’est dans ces situations-là, que je me dis presque : je devrais abandonner, c’est beaucoup plus facile de dire « tuez-les! », « à mort! », que l’inverse. Mais rien n’y fait. Au final, j’en reviens toujours à la même logique. Celle qui veut que l’on ne fait pas justice en employant l’œil pour œil, dent pour dent : la loi du Talion. Cela peut déplaire à certaines (beaucoup) de personnes, mais notre société n’est pas (plus) comme ça. Hélas, une grande partie de la foule, à mon grand désarroi, l’est encore. Comme l’a dit un certain Anton Tchekhov, « l’amour, l’amitié, l’estime ne forment pas des liens aussi solides que la haine commune. » Comme la haine a uni ces accusés il y a quatre ans de ça, elle unit aujourd’hui une grosse partie des gens suivant le procès. Comme elle a été le leitmotiv d’un certain Adolf Hitler, il n’y a pas si longtemps que ça. Si seulement ces gens pouvaient s’unir et avancer d’un même pas non pas sous la bannière de la haine envers ces meurtriers, mais sous l’étendard de l’amour, de la compassion qu’ils peuvent ressentir envers William et sa famille, si seulement ils pouvaient faire ça, cette cause n’en serait que plus belle et plus valable, et leur implication complètement différente et bien plus positive.

Si l’on est abolitionniste, si l’on est humaniste, c’est jusqu’à la mort. C’est jusqu’à la moelle. Et je le suis. Je ne ferai donc pas partie des gens demandant l’exécution, la mort, la torture des accusés dans l’affaire concernant William Modolo. Je ne peux simplement pas demander cela. C’est au-dessus de mes forces et de mes croyances. Et entendre autant de gens hurler leur haine, demander la mise au bûcher, la guillotine, la chaise électrique, ça me fait énormément de peine. Cela ne me met même pas en colère, ça me peine. Parce que la haine engendre la haine. Alors vous me direz, comme un enfant s’étant battu à l’école et cherchant à donner des explications à l’instituteur, « c’est eux qu’ont commencé, m’sieur! ». Oui mais ce qui est fait est fait, on ne refait pas le passé (malheureusement). Et si vous pensez que la haine dont ces gens ont fait preuve envers William est absolument atroce et ne devrait pas exister, dites-vous que vous la faites subsister et que vous lui donnez une continuité en demandant qu’on leur rende la pareille, qu’on leur fasse ce qu’ils ont fait. Vous n’avez pas plus d’excuses qu’ils en ont pour l’avoir fait à William, je vous assure. Et ne dites pas que votre excuse, c’est William. William n’est malheureusement plus, il n’a rien demandé. Il n’a pas demandé à être sauvagement assassiné, bien entendu, et n’a pas non plus demandé à être vengé en employant les mêmes moyens que le calvaire qu’il a subi. Il n’a rien demandé. Ne le prenez pas comme excuse pour une haine similaire à celle dont les accusés ont fait preuve.

Le plus triste au final, vous savez, c’est que si l’on écoutait ceux qui demandent la mort, l’exécution sur la place publique de ces criminels, ce seraient ces mêmes quêteurs qui en seraient les seuls satisfaits, les seuls qui pourraient vivre avec leur peine : on leur aurait donné le sang qu’ils demandaient si ardemment. La famille, elle, n’aura jamais ce sentiment de « ils l’ont bien mérité tiens, ces chiens, ils sont morts, maintenant je me sens mieux ». Jamais. Parce qu’elle sera trop obnubilée par la perte de cet être cher : c’est une chose que l’on ne change pas, c’est une chose avec laquelle on vit au quotidien.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :